EMI: Quand discipline se conjugue avec liberté!

  • La présence militaire qui fut pendant longtemps peu appréciée a fini par se fondre dans la vie de l'école
  • Artistes et espiègles, les futurs ingénieurs se moquent gentiment des procédures

L'Ecole Mohammadia des Ingénieurs (EMI), 7h40 ce mercredi 1er novembre. Les retardataires se pressent. Les étudiants sont tous rassemblés dans la cour centrale, costumes bleu marine et chemise claire, cravate rouge, les cheveux courts et soignés. La levée des couleurs va commencer à 7h45. Pas question de la rater, au risque d'écoper une sanction. Les officiers sont également là. Trompette à la main, le clairon aussi. L'émotion de ce moment (la levée des couleurs) rend plus mûrs ces jeunes étudiants (19 à 22 ans), qui arborent des mines de circonstance. Chaque jour, ils accomplissent ce rituel avant le démarrage des cours. Les élèves de l'EMI sont des militaires avant d'être ingénieurs, il ne faut surtout pas l'oublier. Même si leur carrière se fait dans le privé ou l'administration, ils resteront des officiers de réserve pour le cas où... La présence militaire est assez forte au sein de l'EMI, à travers la discipline et l'encadrement. Une présence qui fut un certain temps peu appréciée. Elle a fini par s'imposer d'elle-même. Mais qui dit militaire ne veut pas dire forcement rigidité. Apparemment, la discipline se conjugue parfaitement avec l'indépendance. La présence des militaires ne semble pas porter atteinte à la liberté d'expression. Espiègles, les élèves ne se gênent pas pour critiquer l'administration civile et militaire, parfois en se moquant de certaines procédures dans des sketchs. Car, ils ne sont pas uniquement de futurs ingénieurs, mais aussi des artistes et de véritables comédiens. Et si jamais, le marché de l'emploi ne les absorbe plus, ils peuvent toujours se reconvertir. Mais, on a l'habitude de dire qu'un EMI ne chôme pas.

La liberté d'expression se voit également à travers le nombre de clubs au sein de cet institut: 15. Ce 1er novembre était d'ailleurs le jour de rencontre entre les présidents de ces clubs et l'administration. Et là, on ne mâche pas ses mots. Curieusement, les activités parascolaires ou dites sociales sont d'ailleurs organisées par l'administration militaire et chapeautée par la direction civile.

L'EMI figure parmi les écoles les plus prestigieuses et les plus difficiles d'accès. Elle existe depuis 1960. Sa première promotion est sortie en 1964 avec 35 ingénieurs. Ils sont 4.000 au- jourd'hui à avoir un diplôme de cette école. Officiellement, l'EMI est remilitarisée depuis 1981. Mais en réalité, elle l'est depuis sa création, comme l'Ecole Polytechnique en France.

La formation de ses ingénieurs englobe aussi bien l'enseignement technique que la formation militaire. Durant toute la période de leur instruction (trois ans), ces étudiants devront passer 18 semaines réparties en trois périodes dans des casernes. «L'enseignement militaire est donné de façon à ne pas gêner le programme des étudiants», explique M. Khalid Ramdane, directeur de l'école. Il est adapté au programme classique. Les élèves semblent s'en accommoder, même les filles. Au passage, 23% des étudiants sont des filles. Ici, pas de ségrégation sexiste. Sur le plan pratique, les cours à l'EMI commencent un peu plus tôt que dans les autres écoles, pour pouvoir conjuguer les deux formations. Outre l'enseignement militaire, l'élève doit passer 114 semaines d'enseignement scientifique et technique et 9 semaines de stage dans l'industrie. L'Ecole produit 200 ingénieurs par an dans différentes spécialités (génie civil, génie industriel, mécanique, informatique...). Cette dernière est la plus prisée. La raison en est toute simple. Avec ce diplôme, c'est en même temps une nationalité que l'on obtient. Ce n'est un secret pour personne que les ingénieurs informaticiens ou télécoms ont la cote actuellement (et pour longtemps encore) et sont recrutés par des sociétés étrangères bien avant la fin de leur formation. Du coup, tous les étudiants se ruent vers «ce passeport international».

B. B.


Source : L'économiste
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Abdelhamid Joumdane
Last Modified : 18/06/2007 08:45:00 GMT